Retour sur les enseignements de Devki Desai - Mars 2021

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Les 13, 14, et 15 mars derniers, Devki Desai proposait un enseignement sur la thématique : "Les asana : siège de la conscience". Suite à ces sessions, il nous a semblé utile de vous proposer un retour sur le contenu de ces trois jours. Enfin, vous avez été nombreuses et nombreux à nous remercier pour l’organisation de ces workshops. Vous trouverez quelques témoignages à la fin de l’article. Bonne lecture !

Enseignement Jour 1 : 13 mars 2021

La culture du commencement
L’apprentissage est un acte noble. Nous commençons donc cet acte noble par une invocation. Il ne faut pas la réciter de façon mécanique. Mettez en place la culture du commencement. Connectons notre esprit à la nature divine. Nous avons ce but à l’intérieur de nous-même et maintenant, comment allons-nous nous asseoir pour ce but ? Murmurez le praṇava Āuṁ silencieusement, comme une puja (offrande) interne, qui ramène un sens auspicieux.

Assise
Asseyez-vous de manière élégante comme si vous étiez observé par Guruji, Geetaji et Prashantji. Dans votre assise, que chaque expiration soit comme un appel au réveil du corps. Accompagnez la biomécanique par le souffle. L’expiration est la force qui permet la fermeté du corps tout en gardant le calme dans le visage et le mental.

Identifiez la contribution entre le souffle et la conscience du souffle, le mental et la conscience du mental dans chacune des postures. Expirez dans le cerveau, dans le visage, dans les sens et ainsi l’évacuation des tensions profondes du cerveau va apporter de la clarté ; ce qui est vu, ce qui est connu va s’améliorer. La vibration du praṇava Āuṁ illumine votre mūlādhāra et vous connecte au sommet du crâne sahasrāra, amenant ainsi la tête le cou, la colonne en un seule ligne.

Bhagavad Gîtâ : chapitre 6 sutra 13, résume l’alignement divin : "Impassible, tenant le corps, la tête et le cou droit et immobile, qu’il fixe son regard sur l’extrémité de son nez, sans le laisser errer ailleurs."

Pratique
Quand vous expirez pour amener plus de liberté dans le mouvement, le mental est lui-même modifié. N’essayez pas de faire une posture photogénique mais plutôt une posture "mentalogénique" », une posture qui convient à votre état mental et vous aide à développer une vision intérieure.

La posture aide le mental et le souffle ; de la même manière le souffle et le mental servent la posture. Il s’opère une réciprocité. Si la racine de la colonne vertébrale est forte, ne va-t-elle pas nourrir votre colonne ? La racine de la colonne vertébrale est votre racine, votre source pour allumer la première porte de la conscience. C’est mūlādhāra ; mūla signifie la racine, adhāra est le support. Si nos racines ne sont pas profondément ancrées dans la Terre Mère, comment l’arbre va-t-il évoluer sans de bonnes racines ?

Kriyā signifie l’acte tout entier, quand toutes les actions sont synchronisées, connectées. Quand je connecte le souffle et le mental, et que parfois que l’on retient le souffle, ça devient un mudrā. Le Seigneur Ganesh réside dans le mūlādhāra à la base de la colonne vertébrale, pour la stabilité du mental, la stabilité du souffle.

Vṛkṣāsana est le symbole d’une conscience équilibrée, de cette équanimité. Cet arbre qui abrite tous les fruits, plein d’amour qui offre un abri. Soyez cet arbre. La nature de l’arbre est de donner, donner et donner encore. Toutes les postures peuvent avoir ces qualités.

Enseignement Jour 2 : 14 mars 2021

Assise
Hier nous avons parlé de l’importance de la stabilité et du bon fonctionnement de la connexion zoom. Un vrai yogi a toujours cette connexion en lui-même. Cette connexion est ātmā et paramātmā. Le yoga est cette connexion profonde en soi, ce voyage à l’intérieur de soi. Nous avons tous réalisé cette dernière année, en traversant cette pandémie, combien nous devons être centrés et aller à l’intérieur de nous-mêmes. Après toutes ces années à apprendre le yoga, nous avons dû le mettre en pratique pour cette période difficile. Nous remercions profondément Guruji, vraiment avec une immense gratitude dans notre cœur.

Aussi nous sommes tous ensemble. Ce geste d’être ensemble, de se rassembler, c’est une grande force. Le yoga signifie rassembler, rassembler le corps, le mental, les sens, le souffle. Commençons la séance avec une immense gratitude dans nos cœurs, souvenons-nous de Patanjali, Guruji, Geetaji, Prashantji et tous les enseignants qui nous ont guidés. La prière est un moyen de se souvenir de tous ; la prière c’est smaraṇa en sanskrit. Préparons-nous pour ce voyage intérieur. Asseyez-vous élégamment et commençons ce voyage intérieur.

Évacuez les anxiétés en expirant de plus en plus profondément. Videz les cellules du cerveau. Laissez les cellules du cerveau se dissoudre dans le cœur. Comme Guruji disait toujours : faites le voyage de la tête vers le cœur. Comme un dévot, abandonnez-vous au pied du Seigneur. Joignez les mains devant la poitrine avec beaucoup de gratitude et d’humilité. Ayez une raison plus profonde de vous asseoir droit, ne vous redressez pas pour la caméra ou pour faire plaisir à quelqu’un d’extérieur, mais alignez-vous avec la divinité en vous. Le souffle est votre WIFI intérieur. C’est le véhicule du prāṇa pour aller à l’intérieur.

Yoga Sutra I 28 : tajjapastadarthabhāvanam
Répétez le praṇava Āuṁ en y mettant tout votre cœur et en étant conscient de sa pleine signification. Alors que vous récitez le Āuṁ comme une incantation, votre assise est sculptée dans une conscience plus profonde ; chaque cellule résonne avec le Āuṁ. Récitons ensemble à partir de la profondeur de notre cœur. Le secret de Yog réside dans la prière. Chaque jour, chacun doit explorer et pénétrer à l’intérieur de soi.

Pratique
Observez la versatilité du souffle qui s’adapte tout le temps, c’est une force merveilleuse qui nous a été donnée. Le souffle vient du cosmos, de la conscience universelle. Le souffle nous a été donné, pour notre devenir, pour notre transformation. Dans une pratique d’enchainement rapide de postures, observez la physiologie du souffle. Observez les négociations entre le souffle, le corps et le mental.

Accomplissez donc les mouvements biomécaniques en utilisant vos expirations. Utilisez les expirations comme un lubrifiant pour vos articulations. Comme pour une voiture qui doit utiliser la bonne huile pour lubrifier le moteur, nous devons avoir le bon lubrifiant : le corps et sa conscience, le souffle et sa conscience, le mental et sa conscience, à partir d’une force de volonté ; sinon nous allons créer des dommages pour nos articulations. Nous devons donc avoir les bonnes huiles, une bonne conscience du corps, du mental et du souffle. Et comme nous utilisons l’accélérateur dans la voiture, nous devons savoir comment "conduire" une posture, comment respire-t-on quand on va très vite, moyennement vite, et lentement. Observez la physiologie du souffle dans ces 3 vélocités, en gardant le visage en Śavāsana.

Gururji nous disait souvent : mes très chers enfants du yoga. Mais très souvent, nous oublions d’être des enfants. Parfois devenez des enfants ! dans une classe pour enfants vous oublierez toutes vos inhibitions, car les enfants ont l’innocence, et nous en tant qu’adultes, nous perdons cette innocence. Dans le royaume de Dieu, nous sommes tous des enfants de Dieu. Parfois nous devons devenir des enfants et apprendre les āsana dans l’atmosphère d’un terrain de jeu d’enfants.

Je ne peux pas vous amener au parc, mais à côté de l’Institut, il y a un parc où les enfants glissent sur un toboggan, et se balancent dans la balançoire. Mais nous les adultes, nous ne pouvons pas aller sur le toboggan ou la balançoire. Alors Guruji a créé pour nous ces mouvements de glissade et de balancement dans les enchainements dynamiques. Cela aiguise notre intellect, et évacue les conditions négatives du mental, dues à l’inertie, au tamas. C’est pourquoi, parfois, nous devons passer par le processus du mouvement. Nous ne devons pas perdre cet enfant qui est en nous.

Soyez Iyengar, c’est-à-dire : I Younger (= je plus jeune) et pas : I Anger (= je en colère)

Sūrya Namaskārāsana
Souvent nous pratiquons Sūrya Namaskārāsana comme un échauffement ou pour faire de l’exercice. Hors, le nom est namaskār, mais on l’oublie. Sūrya Namaskārāsana est une offrande au dieu Soleil, Sūrya. Chaque posture de la séquence constitue un maillon d’une chaine ; ne cassez pas cette chaine d’actions mais intégrez toutes ces postures : Namaskārāsana coule vers Ūrdhva Hastāsana qui coule vers Uttānāsana et ainsi de suite pour le reste de la séquence. Aujourd’hui, pratiquons Sūrya Namaskārāsana comme une offrande en récitant les noms du dieu Sūrya, comme si nous faisions une puja pour le dieu Sūrya. Les offrandes sont toujours faites à partir du cœur ; vous offrez de votre cœur la pureté et l’humilité. Pouvez-vous faire Sūrya Namaskar avec l’humilité du cœur.

Yoga Sutra III 27 : bhuvanajñānaṁ sūrye saṁyamāt
Quand vous avez cette connaissance et que vous vous concentrez sur le dieu Soleil, vous recevez ce pouvoir des centres cosmiques en vous et la connaissance des 7 mondes. Que chaque asana devienne un générateur d’énergie. Faire seulement de l’exercice, on s’épuise. Faire des exercices de yoga amène des générations d’énergie, des générations de sattva guṇa qui amène la pureté, la condition sublimée. Le soleil amène le sourire. Laissez ce sourire ensoleillé venir du cœur.

Concernant les seniors et la pratique de Sūrya Namaskārāsana
Guruji avait la compassion de nous proposer des supports. Sūrya Namaskārāsana peut être pratiqué avec un bolster en travers du tapis. Nous vieillissons de moment en moment, et en vieillissant, nous n’allons pas divorcer du yoga. Il faut simplement adapter la pratique. Le souffle n’a pas d’âge. Mais ayez de la compassion pour les seniors qui ne peuvent pas faire cet enchainement. En tant qu’enseignant, maitrī, karuṇā, muditā sont très importants = amitié, compassion, amour.

Soyez créatif dans votre pratique. On ne peut pas faire tous les jours de la même manière. Le yoga, c’est un sujet d’exploration. Devenez un explorateur créatif. Il n’y a pas seulement "faire Utthita Trikoṇāsana", il y a "connaitre Utthita Trikoṇāsana" : connaissez-vous le corps, le souffle, le mental dans Utthita Trikoṇāsana. Pratiquez un Utthita Trikoṇāsana de façon sainte.

Le yoga c’est de la musique, est-ce que votre corps a le rythme ? est-ce que le mental a la mélodie ?

Sālamba Sarvāṅgāsana est connue pour être la mère des postures ; une mère apporte de l’harmonie. Donc comprenez : aṅga signifie les différentes parties du corps, et aussi tous les systèmes, c’est pourquoi c’est une posture noble. Faites Sarvāṅgāsana pendant 10 à 20 minutes, le système nerveux est calmé, l’organe de parole est régénéré car il travaille sur la zone de la gorge, viśuddhi. Votre gorge est comme un puits en Sarvāṅgāsana. C’est la purification de la parole.

Enseignement Jour 3 : 15 mars 2021

Assise
Le seigneur Îśvara réside dans chacun des cœurs, donc quand je m’incline devant vous, je salue réellement le Seigneur qui réside dans mon cœur et dans le cœur de chacun d’entre nous. Le vrai yoga se produit quand ātmā et paramātmā - l’âme individuelle et l’âme universelle- s’unissent.

Nous venons tous au monde en tant qu’humain. Pourquoi nous a-t-on donné ce corps ? Le yoga en révèle les secrets. Nous sommes nés pour la réalisation du Soi. Donc il y a cette demande en nous : qui suis-je ? ou vais-je ? où est-ce que j’appartiens ? Ces réponses se trouvent à l’intérieur de nous-même.

Imaginez que je vous bande les yeux, et que je vous amène dans un temple. Quelles seraient les vibrations, les conditions sonores ? Quand vous entrez dans un temple, vous devenez spontanément tranquille et humble. Vous entrez maintenant dans ce temple qu’est votre corps, pour accueillir la divinité qui réside dans votre cœur.
Laissez l’énergie du cerveau descendre vers le cœur ; laissez l’énergie de la base de la colonne monter vers le cœur ; c’est la confluence divine. Toutes les qualités sont comprises dans le praṇava Āuṁ. Il faut le réciter avec amour et dévotion.

Pratique
Cultivez l’art d’expirer de plus en plus profondément. Et quand vous arrivez au bout de l’expiration, c’est l’art de la gloire, c’est là que réside le véritable trésor. Comme une mère qui surveille constamment son enfant, connectez-vous à votre colonne vertébrale.

Adho Mukha Śvānāsana  : les poumons sont les organes de respiration ; faites comme si la colonne devient aussi un organe de respiration. Imaginez le souffle qui baigne, qui irrigue la colonne et le dos et observez comment vous devenez spontanément plus humble. Il y a des êtres célestes qui résident dans votre dos et votre colonne et quand vous êtes en compagnie de ces êtres célestes, vous devenez humble.

Le seigneur Krishna a dit : "Restez dans un état d’équilibre pour le mental, restez dans le yoga, restez humble, dans un état de non-attachement, sans être affligé par les chagrins, la peine et les plaisirs, c’est cela samatvaṁ, l’équanimité du mental."

Le yoga ne signifie pas que nous allons apprendre des postures, mais que, à travers ces postures, nous allons apprendre l’équanimité du mental. Je ne suis pas votre enseignante. Je ne suis que le véhicule de ce que m’ont enseigné Guruji, Geetaji et Prashantji. Je suis en train de vous apprendre à vous connecter à l’enseignant qui réside en chacun d’entre vous. Je suis seulement un instrument pour vous permettre d’avancer vers cette connexion.

Ce que vous apprenez sur le tapis ne s’arrête pas là. C’est une ligne de conduite pour affronter les conditions de la vie ; par exemple, comment votre Sālamba Śīrṣāsana vous apprend les conditions de la vie, comment rester équilibré, rien de doit être fait avec excès ou insuffisamment ; comment respirez-vous pour obtenir cette équanimité du mental. Imaginez des caméras qui puissent photographier votre système nerveux, votre aura à cet instant : quel serait son rayonnement ?

Que toutes vos postures soient faites par la respiration, pour la respiration, avec la respiration.

Est-ce que Sālamba Sarvāṅgāsana peut être faite pour servir la respiration ; votre respiration devrait recevoir les bénéfices de cette posture. Développez la culture de la sensibilité à la respiration, faites-en votre mantra : apprenez à expirer toujours plus profondément dans votre respiration, que cela vous aide à évacuer les matières viciées des cellules, et vous amène à une conscience minérale.

Prashantji a expliqué comment nous sommes toujours en train d’inspirer de la saleté et de la même manière que les poubelles dans les parcs, avec un couvercle ouvert, notre cerveau est toujours en train d’ingérer ; en yoga nous apprenons à évacuer : excrétion pour le mental afin d’améliorer l’état mental interne, comme un acte de purification. Si la poubelle est complètement remplie, que se passe-t-il alors ? il faut la vider ; c’est pourquoi il est important d’expirer toujours plus profondément, pour l’évacuation, l’expulsion de la saleté non souhaitée à l’intérieur, afin de pouvoir s’abandonner.

Il est important d’expirer toujours profondément pas seulement dans les postures mais dans n’importe quelle activité que vous soyez. Cela vous aidera à améliorer votre métabolisme cellulaire : pratiquez cela pendant toute une année, sur le tapis et hors du tapis.

Prāṇāyāma
Accueillez le souffle comme vous accueilleriez votre guru, avec humilité et amour. La respiration est votre invité. Que le centre de votre être crée de la place pour que le souffle soit reçu. Recevez le souffle comme si vous receviez la grâce : l’expiration comme un acte d’abandon.

Vos remerciements