Leçon 3 (18 avril 2020)

Nous avons été endoctrinés au fait que le yoga est un sujet pratique et nous sommes allés trop loin. On pense qu’il faille faire ou exécuter quelque chose. Mais l’étude du yoga exige d’abord de savoir avant de faire. Il faut d’abord apprendre, puis faire.

J’ai insisté dans les précédentes leçons sur la différence entre "posture" et "āsana". Dans les postures, on commence par l’aspect biomécanique. Les postures (correctement exécutées) sont nécessaires. Mais, nous devons apprendre le yoga en utilisant la posture comme point de départ.

UTILISATION DE LA POSTURE COMME POINT DE DÉPART

Prenons l’exemple de Vīrāsana.

S’il s’agit de la posture, comment faisons-nous ? On place correctement les pieds, les mollets, les cuisses de l’extérieur vers l’intérieur, assis bien droits, sacrum concave, la poitrine ouverte, la colonne vertébrale étirée, les épaules en arrière.

Puis, on passe peut-être aux bras, au dos, les bras de Parvatāsana, mains en Namaskar dans le dos, les bras de Gomukhāsana, de Garudāsana. Toutes ces variations sont possibles dans la posture. C’est juste l’aspect biomécanique. On explique quelle partie doit monter, descendre, tourner, s’étirer etc. On commence par la biomécanique et on s’arrête là aussi. La posture est un point de départ (le starter du moteur).

Une fois que le moteur tourne, on ne remet pas le starter. La posture c’est le démarrage, on évolue ensuite vers l’āsana. On commence alors à comprendre les implications et les connections, à percevoir le corps, mental et le souffle de façon consciente.

Il y a différents paradigmes en Vīrāsana :
- Les hanches, les fessiers et les sacro-iliaques.
Observez les points en jeu : le sacrum, le coccyx, les hanches, les fessiers, la bouche anale, le pelvis, le dessous du nombril, le plancher pelvien, l’abdomen…
- L’action principale peut aussi être celle des omoplates.
On réinitialise alors la dynamique. Les omoplates deviennent le centre, puis la poitrine, le diaphragme, l’abdomen.

Plusieurs schémas ou paradigmes sont possibles. Ce n’est pas le cas dans une posture où le centre c’est le corps musculosquelettique. Observez comment vous pouvez faire Vīrāsana pour le corps musculosquelettique. Vous activez chaque partie du corps différemment. Cela devient de la culture physique.

UTILISATION DU SOUFFLE

Dans les yogāsana, vous devez observer comment utiliser le souffle, pas seulement le corps musculosquelettique. Utilisez une respiration profonde, large, une inspiration, une expiration plus aiguisée, plus ample, peut-être une rétention, uḍḍīyāna kriyā ou uḍḍīyāna mudrā.

En appliquant le souffle, vous obtiendrez des ajustements plus profonds.

UTILISATION DU MENTAL AU SENS DE VOLONTÉ

Maintenant, appliquez le mental au corps musculosquelettique en utilisant la volonté, la volition, la détermination. Si vous voulez vous exercer, vous aurez besoin de cette intention, de cultiver le mental d’une certaine façon pour exercer le corps musculosquelettique.

Voyez comment le souffle, comment le mental va contribuer à l’action, comment ils vont aussi s’associer. Dans ce type d’ajustements physiques, vous allez utiliser le corps, le mental et le souffle pour le corps physique. En yoga, nous allons au-delà de la culture physique. Nous ne devons pas rester "coincés" là.

ABORDER LES ĀSANA SELON DIFFÉRENTES PERSPECTIVES

Parvatāsana en Vīrāsana.

. Utilisez le souffle comme bénéficiaire plutôt que comme bienfaiteur.
. Voyez comment la poitrine de Vīrāsana peut bénéficier au souffle.
. Voyez comment le dos, la colonne, l’abdomen, le bassin, les hanches, les fessiers, les os iliaques, le périnée de Vīrāsana ont un impact sur le souffle.
Dans ce cas, c’est le souffle le bénéficiaire. Chaque partie du corps est à son service.

Essayez d’objectiver le mental, comprenez l’état du mental. Comme par exemple lorsque l’on fait une posture pour une prise de vue, pour la photo. On fait une posture photogénique. On est conscient de l’objectif.

Imaginez maintenant un instrument qui mesure les ondes cérébrales (alpha, béta et thêta). Il est possible d’observer les bienfaits des āsana sur l’état du cerveau. Le cerveau est bénéficiaire des āsana. On peut en voir les effets.

INTRODUCTION AUX NOTIONS DE FAIRE ET D’ÊTRE

J’introduis aujourd’hui une nouvelle notion : "Je fais Vīrāsana" (doing) et "Je suis l’agent" (doer). Analysez la syntaxe : "Je fais" et "Je suis celui qui fait/l’agent".

La phrase a plusieurs significations :
- "Celui qui fait/l’agent", vous êtes l’exécutant de Vīrāsana (doer).
C’est votre volonté, intention, perception, sensation. C’est vous qui faites.

- Vous êtes l’instrument pour accomplir Vīrāsana.
Observez le changement de dynamique. La différence entre sujet et objet.

- Il y a une autre forme syntaxique : "Ce qui m’est fait" (being done).
Je suis "en" Vīrāsana. L’entité subjective est taillée, sculptée, incurvée. Je suis "en" : l’entité bénéficiaire.

Il y a donc trois perspectives. Tout cela est présent dans l’āsana.

Vous pouvez vous identifier comme :
1. Celui qui fait (le sujet). Vous vous identifiez à votre corps. Question : "Je suis le corps, sujet ou objet ?"
2. Vous vous identifiez au souffle. Question : "Je suis le souffle, sujet ou objet ?"
3. Vous vous identifiez au mental. Question : "Je suis le mental, sujet ou objet ?"

Ce sont des nuances des āsana, ce qui n’est pas le cas dans les postures. Observez comment le changement de perspective change les ajustements. En tant qu’étudiants de yoga, vous devez être capables de vous identifier non seulement au corps, mais aussi au souffle et au mental. "En réalité, "faire/ être celui qui fait", c’est l’antithèse du yoga. Vous êtes censés être bénéficiaires, pas seulement impliqués dans l’action."

EN YOGA, VOUS ÊTES CENSÉS ÊTRE UN TÉMOIN.

Vous n’êtes pas l’agent, vous n’êtes pas celui qui fait, vous n’êtes pas "en". "Faire" relève de la culture matérialiste.

Si je suis un TÉMOIN, je me rapproche de l’un des aspects fondamentaux du yoga.

J’espère avoir levé les malentendus quant à la différence entre "posture" et "āsana".

La fois prochaine, je parlerai des yama et niyama qui font aussi l’objet de confusions.


Remerciements
Ce texte en français nous est aimablement fourni par Marie-Laurence Cros.