Leçon 2 (10 avril 2020)

Peu de gens s’intéressent réellement au yoga. Beaucoup plus s’intéressent à "Qu’est-ce qui, dans le yoga, est bon pour moi". Or, l’approche classique du yoga est différente du consumérisme.

Dire que le yoga a quelque chose à apporter à tout le monde est différent de dire que le yoga est fait pour tout le monde. L’approche classique consiste à faire du yoga pour le yoga. A l’origine, l’étude consistait à apprendre ce qu’est le yoga. Aujourd’hui, c’est différent. On cherche ce qui est bon pour soi dans le yoga.

LE YOGA C’EST L’ÉTUDE DE SOI. C’EST UN MIROIR (DARSHANA) POUR VOUS COMPRENDRE

Dans le 13ème chapitre, la Bhagavad Gītā dit : "idaṁ śarīraṁ kaunteya kṣetram ity abhidhīyate…" Kṣetram c’est le champ. Et nous sommes censés être les connaisseurs du champ. Malheureusement, nous ne voulons pas nous connaître, mais connaître ce qui nous entoure. Un autre exemple : nous voulons manger et digérer la nourriture, mais cela ne nous intéresse pas de connaître le processus de digestion. Nous voulons être intelligent, mais nous ne voulons pas connaître l’intelligence, ni comment elle fonctionne.

Nous voulons "utiliser" notre corps, notre mental, notre cerveau.

Dans la philosophie du yoga, nous sommes plutôt supposés être le "connaisseur du champ" qu’intéressés par les affaires du monde. Mais, nous sommes plutôt enclins à "utiliser". C’est une tendance animale.

Nous devons être le connaisseur de notre véhicule. "Qui suis-je ?". Je dois connaître mon corps "śarīram". Il ne s’agit pas de connaître notre corps au sens de l’anatomie.

Il y a trois "śarīra" : le corps grossier, le corps subtil et le corps causal

Le yoga est la recherche de la connaissance de ces trois corps.
- Le corps grossier (sthula śarīra), c’est le corps physique et le mental psychologique, présent de la naissance à la mort.
- Le corps subtil (sūkṣma śarīra) présent à la naissance, transmigre après la mort.
- Le corps causal (kāraṇa śarīra).

Et puis il y a les différentes couches : annamaya, pranamaya, manomaya, vijnanamaya et anandamaya kosā.

Notre corps se compose de différentes couches (cf. image des couches de l’oignon). L’étude commence par la surface. Nous devons connaître les interactions entre le corps, le mental et le souffle. Quand nous pratiquons, nous devons pratiquer des āsana, pratiquer le yoga.

La question est de savoir quel effet le yoga produit sur nous, alors que nous passons l’essentiel de notre temps à "faire". Il est plus important de voir comment le corps, le mental et le souffle travaille l’un pour l’autre, que ce que vous faites vous, pour le corps etc. Le yoga repose essentiellement sur leurs interactions.

INSTALLEZ-VOUS MAINTENANT DANS UNE POSTURE CONFORTABLE QUE VOUS CONNAISSEZ BIEN

Par exemple, Supta Baddha Konāsana, Supta Virasana et essayer d’étudier les interactions entre le corps, le mental et le souffle. Vous en tirerez un bénéfice indirect : du corps pour le corps, du souffle pour le souffle, du mental pour le mental. C’est le type de culture yogique que nous encourageons.

En général, on dit ceci est "mon" corps, "mon" mental, "mon" souffle. Mais est-ce que nous établissons une relation entre les uns et les autres ? Il faut des relations internes saines. C’est très important. Sinon dans la vie mondaine, les relations sont "atroces".

A l’image des membres d’une même famille, pour créer l’harmonie, il faut cultiver et nourrir la relation entre ses membres et pas seulement les considérer par rapport à soi. Voyons comment ils travaillent ensemble. Si le corps et le mental sont deux "sœurs", deux membres de la même famille, laissez-les avoir une relation entre elles. Pas seulement par rapport à soi.

Le sujet de l’étude, c’est de voir comment le corps, le mental et le souffle interagissent. En yoga, nous leur permettons de travailler les uns avec les autres, pas seulement pour nous.

Que fait le corps pour le corps, pour le mental et pour le souffle ?
Que fait le mental pour le corps, pour le mental et pour le souffle ?
Que fait le souffle pour le corps, pour le mental et pour le souffle ?

Dans les āsana, vous ne devez pas simplement travailler la poitrine, le dos ou l’abdomen. Étudier c’est : observer l’interaction entre le souffle et l’abdomen, le souffle et le dos, les membres et le tronc, le tronc et les membres… C’est la première étape de l’étude yogique.

Essayez, expérimentez et voyez quel processus d’apprentissage vous en retirez. N’interférez pas dans leur dialogue. Soyez des témoins, des auditeurs, des spectateurs. Laissez le corps, le mental et le souffle dialoguer. On sait que c’est le souffle l’entité la plus sage, la plus intelligente ! Voyez comment le souffle sage dialogue avec le corps qui est moins intelligent. C’est une étude de l’intérieur, que ce soit dans les āsana ou le prāṇāyāma.

De quelle étude parlons-nous ?
De l’étude de son propre corps, de son propre mental, de son propre souffle, de sa propre psyché, de sa propre conscience.


Remerciements
Ce texte en français nous est aimablement fourni par Marie-Laurence Cros.