Leçon 18 • 25 mai 2020

Vāchika kriyā (2è partie)

Il a beaucoup à explorer en ce qui concerne vāchika kriyā. Nous savons qu’en yoga nous cherchons le maximum d’engagement, d’implication du mental.

Les organes de la parole exercent un immense contrôle du mental. Lorsque nous manquons d’engagement ou que nous digressons, c’est à cause du mental. Le mental vagabonde parce que sa force est immense. L’acte de parole permet d’éviter au mental de vagabonder. On recommande parfois aux enfants de lire à voix haute pour une meilleure concentration. Il y a trois organes qui permettent d’intérioriser le mental : les yeux sont engagés dans la lecture. La récitation à voix haute engage aussi la langue et les oreilles. Le mental est en lien direct avec ces trois organes.

Dans la tradition indienne, nous avons pathana-pāthana qui implique non seulement le mental mais développe la culture de la parole avec des intonations spécifiques de la voix. L’intonation est censée être adaptée au sujet. L’acte de parole laisse une meilleure impression sur le cortex. Le sujet sera mieux imprimé. C’est une invitation au mental afin qu’il soit impliqué dans l’action, en particulier dans le yoga. Dans votre pratique, votre commentaire n’a pas besoin d’être réalisé à voix haute, mais vous devez être attentifs aux actions, aux réponses, aux résistances, à l’intention etc.

On peut toujours prétendre avoir des pensées et des paroles nobles vis-à-vis d’autrui, mais lorsque nous utilisons la parole silencieuse, nous savons très bien ce qu’il en est de la noblesse. Votre commentaire tient votre mental sous contrôle.

Je vais vous donner une autre dimension de vāchika kriyā. Il existe un merveilleux mantra de paix, s̍ānti mantra, qui dit ceci : "Que mon esprit soit établi dans la parole et que ma parole soit établie dans mon esprit". La vertu et le mérite se gagnent en joignant les actes à la parole, ce qui n’est pas toujours le cas dans la vie quotidienne. Il y a parfois une grande différence voire une incompatibilité entre ce que l’on pense, ce que l’on dit et ce que l’on fait. Que veut dire satya (la vérité) ? Le mental doit être établi dans la vérité.

Alors, dans nos āsana, il existe une compatibilité parfaite entre l’action et la parole. Nous sommes en général sincères et fidèles dans notre commentaire intérieur, dans la description de ce qui se passe, de ce que nous faisons, comment nous le faisons…Et dans ce cas, le mental est fermement établi dans la vérité. Cette vérité est celle que reconnaît le Dharma, l’autorité suprême. Ce commentaire est donc un merveilleux champ d’application de satya et un moyen de gagner en vertu. Non seulement vous aurez une vision claire de votre dynamique, mais votre discours sera un discours de vérité. Vous pratiquerez la vérité. C’est ce que l’on appelle "joindre l’acte à la parole".

Le système pranique
Nous allons maintenant explorer une autre dimension (la dimension pranique de vāchika kriyā) en Śavāsana. Installez-vous en Śavāsana. Observez et développez cette perception consciente de votre poitrine, de vos poumons et de votre respiration. Observez les interactions. Puis, vous allez commencer vāchika kriyā et à explorer ce système qui n’est pas simplement le système respiratoire décrit par la science et l’anatomie. Développez vos perceptions. Faites des inspirations longues et lentes pour faciliter ce processus. Idem avec le processus d’expiration. On observe ainsi le processus respiratoire pour activer les poumons et la poitrine et apprendre à "lire" le souffle. Il y a différents schémas, différentes modulations graphiques du souffle.

En ces temps de coronavirus, on nous recommande d’entraîner nos poumons. Quel est l’intérêt de vouloir entraîner avant d’avoir activé ? C’est de la folie et totalement illogique de vouloir entraîner le souffle sans avoir d’abord appris à l’activer. C’est pareil pour le corps. On ne sait même pas comment activer les poumons. Voyez pourtant tous les schémas qu’offre prāṇa kriyā.

Le système pranique, que seul le yoga connaît, peut activer les poumons de nombreuses manières différentes grâce aux différentes formes du son imprimées au souffle. On a tendance à penser que la parole ou les organes de la parole ne sont dédiés qu’à la communication. Votre commentaire intérieur n’est pas destiné à être entendu. Il est pour vous. Vos poumons sont les bénéficiaires de ces schémas du souffle. Les inspirations ou expirations coniques ou en triangles activent alternativement la face interne et externe des muscles intercostaux dont parlait Guruji dans son enseignement. Vous devez faire l’expérience avec le son des voyelles (cf. 32è minute de l’enregistrement). La seule volonté et la biomécanique ne vous aideront pas. Prāna kriyā résulte de vāchika kriyā. Il existe une formule, un schéma de prāṇa kriyā. Le praṇāyāma charme la kundalini en forme de serpent, grâce à prāṇa kriyā. Prāṇa kriyā est un charmeur du souffle. En prāṇāyāma, le ventre, le dos (dans le prāṇāyāma assis) sont aussi des zones-clés de la respiration (pas seulement les poumons).

N.B. Vous avez fait un exercice en utilisant les voyelles. Il ne peut pas y avoir de mots, ou de langage sans les voyelles. L’univers tout entier, toute la création vient du son (le big bang). Pour les mystiques, OM est la source. Aucun prāṇāyāma n’est possible sans le son.

Le praṇāyāma est amantrak ou samantrak. Amantrak signifie que le prāṇāyāma utilise Svara-vyanjana, c’est-à-dire les 51 lettres ou sons issus des S̍akti peetha (S̍akti étant l’énergie cosmique dans sa forme féminine) comme l’explique l’Aks̍o Upaniṣad qui traite de la manifestation du son dans le cosmos. Le sanskrit a adopté ce système vocal. Le yoga a identifié que le son avait un rôle très important dans l’univers. Aks̍ara signifie indestructible. Ces lettres sont la semence de toute la création.

Remerciements
Résumé en français réalisé par Marie-Laurence Cros.