Leçon 17 • 24 mai 2020

Vāchika kriyā (1ère partie)

Cette session est une introduction à vāchika kriyā (l’acte de parole cf. leçon n°11) expliqué et mis en pratique dans les āsana.

a) Il y a trois types de karmas  : kāyika, vāchika, mānasika karma (cf. Bhagavad Gītā).
b) Les trois instruments vecteurs du karma sont : le corps, la parole et le mental, et les organes associés.

Notre sujet ici c’est vāchika kriyā. La parole, le langage, sert à la communication, à l’oralité. Les organes vocaux ne sont pas simplement utilisés pour la parole et la vie sociale. Ils jouent un rôle spécifique en nous. Cette dimension intérieure est inconnue de l’homme ordinaire. Lorsque nous n’utilisons pas ces organes de la parole pour parler, lorsque nous ne produisons aucun son, n’y a-t-il pas un discours intérieur ? Nous pouvons parler aussi avec nos yeux, nos mains. Le langage du corps existe. La bouche n’est pas le seul organe en jeu. La bouche est l’organe de la parole exprimée (vaikhari). La parole possède donc une dimension qui dépasse le langage et qu’il faut aborder avec une perspective plus large.

Nous pouvons pratiquer et explorer vāchika kriyā dans nos postures. Prashant suggère de choisir une posture pour observer ce qu’il décrit. Nous devons engager un commentaire en silence. Décrire, expliquer mais pas seulement ce que nous sommes en train de faire. Il faut aussi identifier les actions, les réponses, les résistances, les contributions, les réactions, l’application et la participation. Il ne s’agit pas simplement de "faire". Si nous comprenons la dynamique des āsana (in fine, nous recherchons la participation, la coopération du corps, du mental et du souffle), l’acte de commenter nous permettra une meilleure absorption, une meilleure implication dans notre pratique.

Au fil du temps, vous comprendrez mieux que les āsana ne sont pas quelque chose que l’on exécute ou qui résultent de l’action. Les āsana ne résultent pas d’actions mais de négociations.

Prenons l’exemple de la conduite d’une voiture. Certes, on conduit en utilisant ses jambes et ses bras. Mais conduire implique une négociation. Il faut se diriger dans la circulation. Il en va de même pour les āsana. Ils doivent être dirigés, conduits et négociés. Nous aurons ainsi de meilleurs résultats, nous connaîtrons mieux le sujet. La parole est donc très importante. Parfois, une négociation implique de tourner autour de la question, de ce que l’on souhaite obtenir. Il faut discuter, palabrer avant d’aboutir. Nous devons apprendre à parler à notre corps pour qu’il accepte ce que nous lui demandons.

La parole silencieuse est une compétence qui s’acquiert par la pratique tout comme s’acquiert le langage. La verbalisation et le commentaire fournissent de la matière ou du matériau pour la pensée dans les āsana et permettent de cristalliser l’expérience (leçon n° 11).

Vāchika kriya est un concept très profond qui possède sa propre intelligence, sa propre mémoire. Les compétences d’un bon écrivain et d’un bon orateur sont différentes. Elles combinent plusieurs aspects, plusieurs capacités, c’est comme un travail d’équipe. Le mental a une mémoire, le corps a une mémoire. Guruji parlait de la mémoire des cellules, de l’intelligence des cellules. Le corps et le mental forment des équipes composées de membres différents. Selon adhyātma et dans le système de Panini, dont Patañjali a écrit le commentaire, il existe quatre types de langage : parā, pas̍yanti, madhyamā et vaikhari.

Ces quatre types de langages se situent les uns en dessous des autres. Vaikhari représente le langage et exprimé, sonore, audible. Madhyamā est l’organe qui se trouve en dessous. (Cf. Vis̍uddhi c̣akra qui est une zone très particulière dans le corps : toutes les voyelles trouvent leur origine dans la gorge). Pas̍yanti est situé dans la région du cœur (le siège de citta) et Parā, dans la zone ombilicale et en-dessous. L’anatomie ne parle pas de ces différents lieux d’où part la parole. La pensée derrière la parole est très présente dans ces zones, autant que dans certaines parties du cerveau. Guruji avait l’habitude de déterminer le niveau de stress de ses patients en observant leur gorge, parce qu’une personne stressée est envahie par les pensées.

Si vous êtes chanteur ou musicien, vous comprenez d’où proviennent les sons. Pour les sopranos, la source est dans le cerveau (le chanteur ou la chanteuse lève la tête). Plus on descend dans les octaves plus la source est basse. (Le chanteur ou la chanteuse baisse la tête). Toutes ces nuances existent dans le chant. Dans l’acte oratoire, la parole silencieuse est différente de la parole prononcée. Ne pas confondre avec le discours du mental. Nous ne contrôlons pas le mental. La parole silencieuse c’est autre chose. Vous pouvez la contrôler. Les pensées vont et viennent. Nous ne contrôlons pas cela. Au contraire, la parole silencieuse peut nous aider à prendre des résolutions. Nous prenons des résolutions à l’aide de mots, elles s’expriment en mots.

Vous contrôlez le processus de pensée, pas seulement depuis votre mental, mais grâce au langage et à la parole. Adhyātma étudie les quatre types de langage de façon très approfondie. Nous avons parlé du commentaire qui améliore notre compréhension, notre culture du sujet, qui permet de cristalliser l’expérience et qui produit le matériau de notre pensée. Il nourrit le processus de pensée qui conduit à la méditation.

Il y a un autre aspect. Il existe certains kriyā dans les āsana au sens classique, lorsque que l’on pénètre au cœur des āsana. Prāṇa, tattva, c̣akra kriyā reposent tous sur vāchika kriyā, l’acte de parole. Les organes de la parole sont ici indispensables.

La session se termine avec un exercice pratique dans les āsana (en posture assise, en Utthita Trikoṇāsana ou Tādāsana). Nous avons vu comment fonctionne le souffle et quel impact celui-ci a sur le corps. Observons maintenant prāṇa kriyā. Commencez par ouvrir la poitrine. Vous connaissez les instructions biomécaniques, vous savez aussi comment utiliser le souffle. Quel impact aura l’organe de la parole sur l’ouverture de la poitrine ? Observez l’effet en utilisant le son de différentes voyelles à l’inspiration et à l’expiration. Les paroles prononcées et les sons émis vont créer des variantes. Vous pouvez essayer à la maison. Chaque voyelle va "négocier" différemment l’ouverture de la poitrine. C’est la magie du système pranique.

Remerciements
Résumé en français réalisé par Marie-Laurence Cros.