Leçon 16 • 23 mai 2020

Séance de Questions-Réponses (II)

Question n°1 : Puisque les principes éthiques et moraux font référence à la vie sociale, ne devrions nous pas les pratiquer puisque qu’il existe toute une société en nous-mêmes ?
Réponse : Nous n’en avons pas besoin dans la sphère intérieure parce que c’est une société de milliards de cellules qui font partie intégrante de nous-mêmes. Il n’y a pas besoin de masque. Il n’y a pas de faux-semblants, pas d’étiquettes. Il n’est pas nécessaire d’exercer un contrôle éthique. Par contre, dans la société extérieure, l’importance de l’apparence est très grande et nous portons des masques différents. Les principes éthiques et moraux sont donc nécessaires. Dans la sphère intérieure, ce sont des principes éthico-religieux que nous devons observer.

Question n°2 : Que signifie "pratipakṣa bhāvanam"? cf. Y.S. II. 33 et 34
Réponse : Lorsque les principes éthiques et moraux ne sont pas respectés, en pratique nous ne ressentons aucun remords et même on se justifie. Toutefois, si l’on prononce un vœu (vrata), si l’on a pris un engagement et qu’on le trahit, c’est comme une blessure pour notre conscience. On ne se justifie pas, on a des remords. Ce n’est pas une situation confortable. Patanjali explique les raisons qui peuvent conduire à trahir les yama et niyama. Dans ce cas, on s’inflige une punition à soi-même, on est en colère contre soi-même. C’est cela pratipakṣa bhāvanam.

Question n°3 : Est ce que les astres nous influencent réellement ? Si le karma et la destinée existent, quel est le rôle de l’astrologie ?
Réponse : Les astres sont complémentaires. Il faut admettre qu’il existe une force. On parle des aspects adhidaiviques (āhidaivika) en nous. Les astres nous parlent des influences relatives au destin. Les bhogās (plaisirs du monde matériels) prospèrent en fonction des conditions astrologiques. Par exemple, parfois, même le succès n’intervient pas à un bon moment. Nous n’en profitons pas vraiment. Quel est ce moment ? C’est là qu’intervient l’astrologie. Les plaisirs de la vie seront pleinement appréciés s’ils arrivent au moment et à l’endroit opportuns.

Question n°4 : Comment reconnaître qui est le bienfaiteur ou le bénéficiaire dans les āsana ?
Réponse : Ce qui joue le rôle d’instrument devient l’agent bienfaiteur. Prenons les jambes par exemple. Si vous faites l’āsana pour vos jambes, elles en sont les bénéficiaires. Lorsqu’elles travaillent pour votre colonne vertébrale, pour la poitrine ou bien que le souffle vous aide à gravir la montagne. Ce sont les bienfaiteurs. Lorsque vous vous asseyez pour récupérer, c’est le souffle qui devient le bénéficiaire. Celui qui bénéficie de l’action est le bénéficiaire. Il faut connaître l’avantage recherché, comprendre pourquoi, dans quel but vous faites telle ou telle action pour en identifier le bénéficiaire. Et ce qui procure ce bienfait ou ce bénéfice, c’est le bienfaiteur. Le corps, le mental et le souffle peuvent être tour à tour bienfaiteurs ou bénéficiaires. Ils contribuent à la dynamique.

Question n°5 : Combien de respirations ou cycles de kapāla-bhāti doit-on pratiquer ?
Réponse : Peut importe le nombre. Dans l’approche classique, il faut d’abord apprendre et pratiquer uddiyāna kriyā et uddiyāna mudrā. Ensuite, agnisār kriyā, puis kapāla-bhāti. Il faut pratiquer ces kriyā dans différentes postures y compris dans les inversées – sous réserve qu’il n’y ait pas de problème du côté de l’abdomen ou en période de règles ou de grossesse. Vous pouvez les pratiquer dans les postures allongées. Les textes expliquent quoi faire mais pas comment apprendre. Il faut d’abord apprendre dans des postures appropriées. Le nombre n’est pas défini et n’a pas d’importance, ça dépend de la capacité de chacun et de la qualité du soufflet de forge. Aujourd’hui hélas, plus personne n’enseigne comment apprendre, on vous dit seulement de faire. Ce n’est pas un processus d’apprentissage correct.

Question n°6 : Vous dites que le yoga n’est pas pour tout le monde, mais que dhyāna oui, que dhyāna ne requiert aucune compétence particulière. Pourquoi ?
Réponse : Le Yoga n’est pas pour tout le monde, mais tout le monde peut trouver quelque chose dans le yoga. Le yoga a quelque chose à offrir à tout le monde. C’est différent que de dire que le yoga est pour tout le monde. De nos jours, on associe très souvent la méditation à dhyāna. C’est un conditionnement. Dhyāna n’est pas la méditation. Certes la méditation en fait partie, mais ce n’est qu’un seul de ses aspects. Tout le monde peut pratiquer. Il existe plusieurs types de dhyāna. On peut accéder à l’état méditatif sans passer par des prérequis (s’asseoir bien droit, étirer la colonne vertébrale, être stable etc.) Le dhyāna des yogis est la troisième catégorie, celle qui nécessite une certaine qualification et qui vient après prāṇāyāma et pratyāhāra. Patanjali dit que le prāṇāyāma permet d’atteindre le niveau de qualification nécessaire à dhāraṇā, dhyāna et samādhi. C’est un processus, et nous n’avons pas encore parlé de pratyāhāra et de prāṇāyāma. J’y reviendrai.


Remerciements
Ce texte en français nous est aimablement fourni par Marie-Laurence Cros.