Leçon 13 • 16 mai 2020

Dhyana est un "must" pour notre corps.

"Notre corps a tellement de besoins. Nous ne prenons pas uniquement ce dont nous avons besoin mais juste ce que nous voulons. Par exemple, personne n’aime prendre des médicaments. Pourtant on en prend, lorsque quelque chose en nous a besoin de médicament. Nous sommes dans l’illusion concernant notre corps : nous disons "mon" corps, "mon" mental, beaucoup de choses sont "nôtres". Et quand bien même, il y aurait des choses dont nous ne voulons pas, que nous n’aimons pas, mais dont nous avons besoin, il nous faut les prendre."

"Essayez de réfléchir à ces choses dont nous n’avons pas besoin, dont nous ne voulons pas, mais que nous prenons ou faisons quand même. Les exemples sont nombreux.

Nous avons un corps qui est "notre" corps, ce corps est le "mien"… "Mes" choses, "mon" mental, "mes" organes, "ma" conscience, "ma" psyché, "mes" sens… Tout cela est "à moi". Ce n’est pas seulement "moi", notre corps est fait de tous ces "miens", l’ensemble de ces "miens" constitue notre "moi ".

Il y a beaucoup de choses que nous n’aimons pas, mais que nous ferions pour le bien de notre enfant par exemple. Notre corps renferme des choses semblables. Beaucoup de choses inconnues relèvent de la physiologie ou de l’anatomie ésotérique. Les scientifiques disent que 99% du cerveau n’est toujours pas topographié. Le fait est que même le corps n’est pas entièrement topographié. L’anatomie ne révèle pas tout. Que signifie anatomie ? Pour les linguistes, le mot anatomie vient du sanscrit "anāt-miah" (not self). Qu’est ce que ce "non soi" dans notre corps ? Les scientifiques tentent ainsi d’explorer ou de cartographier tout ce qui n’est pas "le soi" ? Le "soi" ne fait pas partie de leur champ d’observation.

Il va donc falloir étudier l’anatomie et la physiologie ésotériques qui font partie de la science du yoga.

On connaît les besoins de la peau, de la chair, des muscles, du foie, des tissus, des cellules, du sang…des organes etc. Et nous faisons en sorte de répondre à ces besoins. C’est le rôle de la diététique de notre monde moderne. On définit ce qui est bon pour tel ou tel organe, et on détermine ainsi ce qui est bon pour l’individu. La diététique moderne ne prend pas même pas en compte le mental. Il y a beaucoup de choses qui ne sont pas appréhendées par la science dans le monde d’aujourd’hui, sans parler de ce dont ces choses pourraient avoir besoin.

Par contre, nos anciens sages ont fait des études qui évoquent trois aspects de notre corps : sthūla, sūkṣma et kāraṇa śārīra . C’est-à-dire le corps grossier, le corps subtil ou corps astral et le corps causal.

Le corps grossier englobe le corps (l’aspect corporel, le corps cellulaire) en même temps que le mental psychologique (le mental temporel et empirique). Le corps subtil est un sous-ensemble du corps grossier. On l’appelle aussi corps astral. Certains philosophes modernes le désignent sous le nom de corps électronique. Ce corps possède la capacité de transmigrer. Il ne naît pas à notre naissance, il ne meurt pas lorsque nous mourrons. C’est un corps éternel qui comprend la psyché, la conscience, l’infrastructure corps-mental. Ce corps subtil ne peut pas être perçu par les instruments radiologiques ou mécaniques de la science. Ce corps subtil qui a la possibilité de transmigrer est immortel et inestimable.

Est-ce que l’on se préoccupe de ce dont a besoin ce corps subtil ?
On se soucie uniquement des besoins de notre corps mortel. Ce corps traverse différents stades : il naît, croît puis se dégrade et enfin meurt.

Cependant, notre tradition distingue aussi le corps subtil (sūkṣma śārīra) et le corps causal (kāraṇa śārīra). Adhytāma (la science spirituelle) prend en compte les besoins de ces corps là. L’idée est très simple. Le corps grossier a besoin d’activité, de nourriture, il a besoin d’exercice, de repos, de récupération, de remèdes, il a besoin de purification, de bains etc. Nous faisons tout notre possible pour répondre à ses besoins.

En ce qui concerne le corps subtil, c’est plus simple. Vous n’avez pas besoin de conduire ce corps à table, aux toilettes, à la gym, au lit, à la clinique. Selon Adhyātama, tous les besoins du corps grossier et du mental psychologique sont les mêmes que ceux du corps subtil. Toutefois, il n’y a qu’une seule façon d’y répondre. En réalité, nous n’avons pas vraiment besoin d’en prendre soin. C’est un type de soin particulier. La Bhagavad Gītā dit que le yoga porte ses fruits au fil de plusieurs vies (cf. B.G.VI, 45) Le yoga n’est pas quelque chose à laquelle on parvient en l’espace d’une vie. Il faut plusieurs vies pour que quelque chose de même nature que le yoga puisse porter des fruits. Cela veut dire qu’il faut prendre soin de ce corps qui transmigre.

La marche à suivre se trouve dans les sāstra, adhyātama sāstra. Il y est dit qu’il n’y a qu’une seule chose à faire. Il n’y a pas de médecins ni de psychiatres qui puissent se charger du corps subtil. Ce moyen fabuleux, c’est japa. Quel japa ? (la répétition, la récitation, la prière). Nous qui prétendons être les ardents disciples de Patañjali avons soigneusement mis de côté cette instruction qui figure dans les Yoga Sūtra : svādhyāya. Svādhyāya fait aussi partie des niyama. Nous n’avons retenu que l’étude de soi dans svādhyāya. Mais les sāstra affirment explicitement "pranavadi-mantranam-japaḥ". Japa de pranava. Il existe plusieurs mantras. Japa de ces mantras aura une influence sur le corps subtil. Cela répondra à chaque aspect de ses besoins (cf. plus haut les besoins du corps grossier).

Il faut pratiquer Japa.
Japa ne marchera peut-être pas sur votre corps grossier. Beaucoup parmi vous en ont fait l’expérience. Nous ne sommes pas très enclins à réciter japa. Nous n’en voyons pas de bénéfice tangible. Alors, nous pensons pour beaucoup que c’est une perte de temps, une perte d’énergie parce que l’on n’en voit pas les fruits. Nous en avons une vision étroite. On préfère s’intéresser à des aspects plus concrets, plus pratiques de la vie. Et c’est pour cela que nous négligeons et continuerons de négliger le corps subtil. Les adhyātama sāstra disent ceci : "namaḥ mantra pranava". Il faut réciter des mantra, mentalement ou oralement, même en silence et on peut le faire n’importe où, en marchant, en mangeant, il n’y a pas de conditions particulières ou de durée précise. Il existe de nombreux japa, si vous regardez dans les japa sāstra. Il existe un japa dit "mobile" que vous pouvez réciter en mouvement, en activité, n’importe où, n’importe quand, n’importe comment. C’est une proposition extrêmement libérale ! Et pourtant, nous la négligeons.

Mais alors où est dhyāna ?
Il y a cette définition de dhyāna  : "japo dhyānam, japaḥ dhyānam". La Śrīmad-Bhāgavatam donne cette définition. Le simple japa est dhyāna . Tout comme dans la Bhagavad Gītā, le Seigneur ne s’attend pas à recevoir de grandes offrandes. Simplement, une feuille, de l’eau, une fleur, c’est suffisant. De même pour japa, que vous soyez intériorisé ou non. Que le japa soit scrupuleusement récité ou non, que vous soyez complètement intégré ou pas, vous pouvez d’ailleurs simplement réciter le nom du Dieu (namaḥ), réciter le mantra, le pranava. Vous êtes très libres. Vous n’avez même pas besoin d’être qualifié pour. Namaḥ japa est le plus merveilleux des moyens d’évolution adhyātmique à l’âge actuel (kali yuga) . Vyasa dit de réciter trois fois hare namaḥ. Simplement réciter, sans autre condition. C’est une proposition tellement ouverte ! Et cela va travailler sur le corps subtil.

Ainsi, toutes les composantes de notre corps ne sont pas simplement des organes ou avayava (parties) Nous pouvons être fiers de nos anciennes traditions et de la description appropriée qu’elles contiennent : ces éléments s’appellent indriya. Jñānendriya, karmendriya, sharir indriya, manas indriya.

Le terme indriya vient de Indra. Qui est Indra  ? Dans le panthéon védique, Indra est le Roi de tous les Dieux. Il est le Suprême de tous les Dieux. Indriya signifie "de Indra" (comme les australiens sont "de l’Australie" par exemple). Il n’est pas correct de traduire ce terme par "organe". Cela veut dire que toutes les déités demeurent en nous (il y en aurait 330 millions dans le Panthéon). Elles ont toutes des fonctions différentes. Et toutes ces merveilles de notre corps, tous les tenons pour acquises. Nous devons réaliser à quel point tous nos organes sont de pures merveilles. Nous ne devrions pas avoir une simple vision mécanique de notre corps. Le cœur travaille de façon incessante pendant 80 à 90 ans, jour et nuit. Tous nos organes font un travail formidable et pour certains, sans jamais avoir de répit. Certains autres peuvent se reposer, par exemple, le mental qui se repose lorsque l’on va se coucher. Vous pouvez aussi jeûner et mettre vos organes digestifs au repos. Mais des organes vitaux comme le cœur, les poumons fonctionnent sans discontinuer pendant plusieurs dizaines d’années. Leur fonctionnement est vraiment merveilleux. Les reins comprennent des milliers de filtres. Qui produit ces merveilles ?

Nous sommes nous-mêmes des merveilles, notre corps et notre mental sont merveilleux, mais nous n’en avons pas conscience. Nous avons beau tous être humains, tous nos constituants travaillent à un niveau supra-humain. Le fait est que tous sont des merveilles parce qu’ils viennent du monde céleste, ils viennent "des Dieux".

Alors, nous devons donner quelque chose à ces forces célestes. Et certaines pratiques que l’on trouve dans adhyātma seront au service des forces célestes. Dhyāna en fait partie. Une pensée noble va incontestablement contenter, nourrir notre corps subtil. Dhyāna est un « must » au sens où, il faut qu’il y ait un processus de pensée noble à intervalle régulier. Nous sommes dotés d’un cerveau, d’un mécanisme de pensée. Pourquoi toujours être engagés dans des choses pratiques de la vie ?

Prenez en considération qu’il y a des forces célestes qui sont à l’œuvre en nous. Pourquoi ne ferions-nous pas quelque chose pour elles ? Même si vous n’avez pas des pensées nobles, écouter des pensées nobles répondra à leurs besoins. Dhyāna n’est pas une posture. Réciter des mantras, réciter des noms de divinités, que cela vous plaise ou pas, cela leur plaira à elles. Si vous n’aimez pas cela, vous allez arrêter, vous allez vous ennuyer. Toutefois, cela plaît à quelque chose en vous, à quelque chose de vital en vous. C’est pourquoi, nous devons le faire.

Je vais vous donner un dernier exemple. Combien parmi vous, adorez l’huile de ricin ? Ou préférez-vous les jus de fruits ? Toutefois, quelque chose en nous aime l’huile de ricin : le colon. Non seulement il en a besoin, mais il aime ça, il en veut. C’est un lubrifiant, un régal pour le colon. On en prend parce qu’on en a besoin, pas parce que le colon aime ça. On ne sait rien de ce qu’il aime ou non. Nous n’avons pas conscience de ce que peut aimer ou non notre cœur, notre foie, notre estomac, notre pancréas, notre colon, nos intestins…On aime seulement ce qui est bon ou beau à nos yeux ou ce qui plaît à nos oreilles. Pourtant, il y a tant de choses subtiles qui ont leurs propres goûts. En apparence, rien dans notre bouche ne semble apprécier l’huile de ricin, mais à l’autre extrémité, le colon oui, alors on en prend.

En matière de goût, la liste des envies de notre langue ou pour le bien-être de nos sens est sans limite. Ici, il n’y a pas de liste, simplement dhyāna. Sous quelle forme ? Simplement, des pensées nobles, transcendantes, sublimes ou japa, namaḥ. Namḥa sādhanā, Japa sādhanā : c’est la méditation au sens de dhyāna. Nous en sommes tous capables, il n’y a pas besoin de qualification particulière. On peut psalmodier le nom de Dieu, de Bhagavan, réciter Auṁ, réciter des mantras… Tout cela parviendra à notre corps subtil et en prendra soin.

Japa est dhyāna. Que vous soyez totalement absorbé(e)s dans cette récitation ou pas, n’a aucune importance. Le seul fait de réciter (japa) est requis. Où est le problème ? Toute pensée noble, tout processus de pensée transcendant, trans-matériel, trans-personnel nourrit aussi le corps subtil.

Voilà pourquoi, dhyāna est recommandé dans les textes adhyatmiques, dans le yoga et dans ce que l’on appelle les pratiques spirituelles. Comprenez bien dhyāna dans ce sens. Vous n’avez pas besoin de vous asseoir bien droit, d’être absorbé etc. Même sans cela, en pratiquant dhyāna, le corps subtil en bénéficiera."

Remerciements
Ce texte en français nous est aimablement fourni par Marie-Laurence Cros.