Jean-François Clément : "La précision contribue à animer la conscience"

Jean-François Clément pratique le Yoga Iyengar® depuis quinze ans à Saint-Flour, dans le Cantal. Il est cadre technique à l’Office National des Forêts (ONF). À quelques mois de sa retraite, prévue en 2023, il témoigne de son engagement et de son enthousiasme pour la pratique du yoga, également des liens multiples que cette pratique suscite.

JPEG - 298.4 ko

Est-ce que vous voulez bien nous raconter votre rencontre avec le Yoga Iyengar® ?
J’ai découvert le Yoga Iyengar® il y a une quinzaine d’années. Mon épouse s’était inscrite, un peu par hasard, au cours dispensé par un enseignant de Yoga Iyengar® à Saint-Flour. Aussi bien mon épouse que moi, nous ne connaissions alors absolument pas le yoga. Je n’avais pas d’a priori, mais disons que pour moi c’était quelque chose d’un peu exotique, d’un peu insolite. Mon épouse avait l’air de s’y plaire et un jour elle m’a dit : « Tu pourrais venir ! C’est vraiment ouvert à tout le monde. Tu pourrais découvrir. Ça fait du bien. » C’est donc par curiosité et aussi pour faire plaisir à mon épouse, que j’ai pris mon premier cours.

Vous aviez une pratique sportive auparavant ?
Toute ma vie j’ai été relativement sportif. J’ai fait différentes activités physiques : du vélo, de la course à pied. Plus jeune, je pratiquais le volley-ball. Avant de commencer le Yoga Iyengar®, pendant un ou deux ans, j’avais suivi des cours de Stretching-Postural®. Je dois donc à cette pratique ma première initiation à des postures.

Si l’on revient à votre rencontre avec le Yoga Iyengar®…
Depuis que j’ai rejoint ce cours de Yoga Iyengar®, je n’ai plus jamais arrêté. J’ai découvert tout un monde et, surtout, j’ai rapidement eu la conviction que c’était une activité qui était complémentaire à n’importe qu’elle autre activité sportive ou physique. C’était un complément qui ne pouvait faire que du bien. Puis, une autre conviction s’est forgée en moi avec le temps, à savoir que c’était une pratique qui n’avait pas vocation à s’arrêter, mais plutôt à perdurer très longtemps – jusqu’au moment où, bien sûr, on est face à une incapacité physique majeure. Mais tant que l’on n’est pas dans cette extrémité-là, il m’apparaissait que c’était une pratique qui relevait pour ainsi dire d’un engagement moral…

Un engagement moral ?
Oui, dans le sens d’un engagement vis-à-vis de soi. Je me disais : « Il ne faudrait pas que j’arrête ! » Si j’arrêtais cette pratique pour une raison futile, j’aurais l’impression de louper quelque chose. Pour moi, le Yoga Iyengar® implique un engagement plus en conscience sur le long terme, à la fois pour en tirer le plus de bénéfices possibles, mais aussi pour en être pleinement satisfait, pour pouvoir s’en réjouir véritablement.

Qu’est-ce que la pratique du Yoga Iyengar® a changé dans votre vie, dans votre rapport à vous-même et aux autres ?
Personnellement, la première impression que j’ai eue c’est que le Yoga Iyengar® me permettait de me réapproprier mon corps. Dans le sens où, si l’on se néglige, si l’on n’a pas pleinement conscience du fait que la santé et le corps physique sont nos biens propres, notre richesse, progressivement, même si notre corps est toujours notre corps, on en perd la propriété. J’ai eu le sentiment, par la pratique, de me réapproprier mon corps. Notamment, parce que j’en ai pris conscience, plus finement. Ne serait-ce que travailler des parties du corps, dont on dit d’ailleurs souvent en plaisantant que l’on ignorait l’existence… C’est aussi en ce sens-là que la pratique permet une réappropriation.

Une autre dimension qui m’a beaucoup intéressé, et qui correspond à ma façon d’être, c’est la rigueur. Le fait que le Yoga Iyengar® soit codifié, écrit, documenté. C’est une pratique très précise. Il faut être rigoureux sans être rigoriste, mais la précision dans cette pratique, tout de suite, m’a marqué : la question de l’alignement, de la recherche de la justesse des postures… Ce qui est intéressant, c’est que sans que l’on s’en rende compte, cela favorise la conscience. La précision contribue à animer la conscience et favorise la concentration.

Je dirais ensuite que cette pratique m’a apporté aussi une certaine sérénité. Je suis, je pense, un inquiet qui ne le montre pas nécessairement. J’ai acquis un peu plus de tranquillité grâce à la pratique, or cela permet de faire moins d’efforts pour paraître serein, puisque je le suis naturellement ! [rires]

En ce qui concerne le rapport aux autres, il me semble que la pratique m’a amené à être plus bienveillant – le fameux terme que l’on entendait assez peu avant ! En tout cas, elle m’a amené à être plus tolérant, plus patient. À réfléchir avant de réagir.

JPEG - 280.2 ko

Parlez-moi maintenant de votre quotidien de pratique…
Ma pratique est essentiellement collective. Elle passe par un cours hebdomadaire. J’ai une pratique régulière, pas intense. J’envisage, quand je ne serai plus en activité, de prendre deux cours par semaine, avec deux enseignants différents. Cela offre une autre vision des postures : une même posture expliquée par deux professeurs différents, des mots différents qui parlent plus ou moins à chaque individu... J’envisage de renforcer ma pratique. On a beaucoup de chance à Saint-Flour. On a quatre professeurs, beaucoup de cours, tous niveaux, tous âges. Il y a très peu d’interruption puisqu’on finit la saison fin juin et que l’été on met en place des séances de pratique collective, en autonomie. Entre adhérents, on se porte volontaires pour potasser une séance avec les livrets de pratique [ndlr : voir par exemple les Ouvrages Conseillés par l’AFYI] et pour l’animer. Nous n’avons donc pas de coupure estivale trop longue. On reste dans un continuum.

Le yoga est une pratique individuelle, centrée sur soi, son ressenti, son corps ; mais à vous écouter, on peut également l’envisager comme une pratique collective…
Moi je trouve que c’est collectif. Quand on fait une posture, on est tous dans le même sens ! Ça n’a l’air de rien, c’est symbolique, mais on va tous dans la même direction, on fait la même posture en même temps – sauf cas particuliers, bien sûr, qui nécessitent des adaptations. Tout le monde a des douleurs en même temps, aux mêmes endroits ! [rires] Le collectif a une place importante dans la pratique et en dehors de la pratique ; au vestiaire, dans les moments de convivialité que l’on peut organiser, etc. Par exemple, à Saint-Flour, on fonctionne en partenariat avec une autre association qui est située à Saint-Chély-d’Apcher, en Lozère. Nos enseignants organisent des ateliers, invitent d’autres professeurs. Les adhérents de ces deux associations se retrouvent également en fin d’année pour faire une randonnée, partager un repas. Ces rencontres sont super importantes. C’est vraiment une chance.

Voudriez-vous nous parler des āsana qui ont votre préférence ?
Plutôt les postures vers l’arrière et les torsions. Tout ce qui allonge. Tout ce qui concerne la colonne vertébrale, qui permet de se grandir. J’aime beaucoup ces postures. En les faisant, j’ai vraiment l’impression de me faire du bien, de lutter contre le vieillissement aussi, parce que pour moi la vieillesse c’est associé au fait de se tasser, de se voûter. J’y pense à chaque fois que je pratique ces postures.