Archives Yogasara 2015 : entre trésors et hommages

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L’AFYI conserve dans ses archives des trésors. Depuis sa création, l’association fait de son mieux pour mener à bien ses missions : organiser, informer et transmettre la pratique du Yoga Iyengar® en France. La revue Yogasara, envoyée chaque année à tous les adhérents, est une mine de contenu. Nous avons parfois tendance à oublier ces richesses une fois publiées. Or, les interviews et autres textes parus sont fondamentalement intemporels. Ainsi, nous vous proposons en guise d’hommage de revenir sur le numéro 16 paru en 2015 quelques mois après la disparition de Guruji.

Voici donc quelques extraits des articles majeurs contenus dans ce numéro si spécial avec tout d’abord un texte écrit par B.K.S. Iyengar en personne qui évoque sa transformation par le yoga puis une série de trois hommages signés Geeta, Prashant et Abhijata. En espérant que ces lignes vous donneront envie de lire, ou relire, dans son intégralité : Yogasara n°16 (téléchargeable librement).

Premier extrait : "Comment le Yoga m’a transformé"

par B.K.S. Iyengar

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"Le destin peut nous affecter en un instant et transformer notre apparence et notre caractère. Chez certains, il peut agir très vite et chez d’autres il attend que de longs, patients et difficiles efforts leur permettent d’en goûter les fruits. Pour moi, c’est le deuxième cas qui a prévalu. Qu’est-ce le destin ? C’est l’accumulation des actions et réactions des vies passées, stockées ensemble afin de jouer leur rôle dans cette vie-ci.

Lorsque le destin frappe comme l’éclair et qu’il est accepté, il faut anticiper les défis sans que vacille le mental. Il ne faut pas oublier que le destin seul est insuffisant. Des efforts équilibrés et volontaires sont nécessaires pour se forger un caractère capable de progresser. Lorsque le destin et les efforts travaillent ensemble de manière équilibrée, ils forment et transforment notre vie. Si nous acceptons les changements, les portes de la chance s’ouvrent, nous permettant de connaître le succès et d’en apprécier l’accomplissement. Je pense que je suis un parmi des millions de personnes qui ont répondu à cet éclair du destin. (...) "

Deuxième extrait : "Oui, c’est mon père !"

par Geeta Iyengar

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(...) "Aujourd’hui, le yoga et les professeurs de yoga sont très à la mode. On peut devenir célèbre. La presse peut vous faire une bonne publicité si vous êtes professeur de yoga. Mais lorsque Gurujī commença à enseigner, personne ne recherchait des professeurs de yoga. Personne ne lui fit de la publicité. Aucun journal n’écrivait des articles sur M. Iyengar. Il a dû lutter. Il sacrifia sa vie au yoga et ensuite les journalistes s’intéressèrent à lui en se disant qu’il y avait là quelque chose qui valait le détour. Aucun des journaux de Pune ne sortit jamais un article sur Gurujī. Le docteur Parulkar des journaux Sakaal entendit parler de Gurujī en Europe. Il envoya alors son assistant pour rencontrer Gurujī et il voulait le rencontrer. Il dit à Gurujī : "Je tenais tant à vous rencontrer car j’ai tellement entendu parler de vous pendant mon séjour en Europe et je ne savais pas que vous habitiez ici à Pune."

Il avait entendu parler de lui en Europe mais ne savait rien à son sujet. Il consacra un article important à Gurujī dans le journal Sakaal. Quand je me rendis à l’école et que tout le monde me demanda : "C’est ton père ?", ce jour-là j’étais très fière de moi-même et je répondis : "Oui, c’est mon père." (...)

Troisième extrait : "Gurujī : le soleil rayonnant"

par Prashant Iyengar

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"Nous, ses enfants, nous le suivons depuis que nous faisons usage de notre intelligence et de notre mémoire. A cette époque-là, il n’était pas encore sous les feux de la rampe. Eh bien, je peux dire que je l’ai vu quand il n’était pas du tout sous les projecteurs, quand il n’était pas du tout connu, comme les parents disent "nous avons vu nos enfants grandir jour après jour". C’était peut-être un homme ordinaire mais un homme tout à fait à part. Puis il est passé sous les projecteurs, devenu une célébrité, connue et reconnue dans le monde entier. Nous, ses enfants, nous pouvons prétendre que nous l’avons vu s’élever à partir de cette humble condition d’homme ordinaire.

Il convient d’admettre, que c’est à cette époque, qu’il a noué son tissu relationnel. Je me souviens que c’est au début des années 50 jusqu’au début des années 60 qu’il a tissé ses liens. Et ces relations ont perduré aussi longtemps que les personnes ont vécu sans être altérées par sa célébrité. Je vous donne un exemple : même lorsqu’il était un client ordinaire, les relations qu’il avait créées avec de simples marchands du marché de la ville de Pune ont été maintenues tant que ceux-ci étaient vivants. Pour eux, il n’avait pas changé. Il savait qu’il était comme eux un homme ordinaire. Mais sa relation avec eux n’a jamais changé ; eux sont restés ordinaires, mais lui, est devenu un homme hors du commun." (…)

Quatrième extrait : "Le Paraṃparā"

par Abhijata Iyengar

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(...) "Un soir d’été je me trouvais dans la bibliothèque à Pune ; je lisais le catalogue de l’exposition pour le quatre-vingt-dixième anniversaire de Gurujī. Nous avons tous l’habitude d’entendre dire que le but du yoga est d’unir, de joindre, de faire communier le corps et l’esprit. Mais le catalogue dit quelque chose d’un peu différent. Il dit que le yoga est la relation de l’individu avec le cosmos et vice versa. Le monde entier est l’expression de relations.

Le yoga s’occupe de comprendre, de nourrir et d’aider au développement harmonieux de ces relations. Il m’apparut que c’est ma relation avec Gurujī, étant sa petite-fille, qui est la motivation essentielle derrière cette invitation. Au fond, il semble évident que ça ne pouvait pas être autre chose. Tout en étant une élève de yoga, j’ai le privilège de partager une relation très aimante avec mon grand-père, que j’appelle ‘Tata’. Je pense que cette relation influence énormément ma façon d’apprendre et de comprendre le yoga." (...)